20/12/2010

La démarche qualité contexte et spécificités

Du concept de qualité 

Si le projet d'une amélioration de la qualité rencontre en général un accueil positif.  Si l'on peut facilement convenir de la nécessité de qualité dans l'enseignement. Il n'en reste pas moins que dès qu'il  s'agit de définir ou d’engager une démarche qualité, le concept se révèle dans sa complexité. Enracinée dans des « manières de faire les choses », elle se repose sur des normes et des valeurs parfois implicites. La qualité recouvre souvent des visions, des conceptions  et des pratiques très différentes.

Si dans l’enseignement, elle est un principe sous jacent à la pratique et un objectif  à atteindre.  L’évidence s’efface quand il s’agit de réfléchir sur sa signification et sa mise en pratique.  Les réalités se révèlent dans leur complexité quand on se lance dans la démarche. Il faut à la fois respecter les spécificités, en dégager les valeurs,  les fonctionnements mais aussi harmoniser le travail. En effet qu'entend t'on par qualité, comment s'assurer de la rencontrer, quelle en sont les exigences et comment les satisfaire?

Paysage institutionnel 

La volonté de faire de L'Europe un pôle de compétition des savoirs et, l'importance d'engager une réflexion sur la qualité dans un esprit de valorisation de l’enseignement  (réflexion du  Global forum l'Unesco) président  à l’apparition de la démarche qualité dans notre cadre légal et institutionnel.

Avec Bologne, l'Europe s'engage dans un processus d'harmonisation de l'enseignement supérieur. Ainsi les études sont organisées en deux  degrés BA et MA ,  le système des ECTS  est mis en place, la mobilité est renforcée.  L'Europe prend conscience de la valeur de l'enseignement.  Développer l'excellence de ces pôles que sont l’'enseignement et la recherche  est devenu un enjeu si l’Europe veut conserver un avantage compétitif.
 Lors de la déclaration interministérielle de Berlin (2003)[1], il a est spécifié  qu'il faut engager une coopération pour l'évaluation de la qualité.  La European Network for Quality Assurance in Higher Education[2] (ENQA), sera chargée d'engager une démarche sur les méthodes et les critères. Elle vise à définir des "des standards, des procédures et des lignes directrices" [3]pour encadrer ce processus de qualité. 
L'évaluation de la qualité s'organise avec pour toile de fond des enjeux pédagogique, politique et économiques.  Au niveau européen,  il s’agit de s'assurer et de développer un niveau de qualité (quality assurance) , au niveau national d'améliorer les procédures d'"accountability", et au  niveau des institutions  elle-même d'améliorer la qualité.

En  Communauté française, l'Agence pour l'Evaluation de la Qualité et des Enseignements Supérieur[4] (AEQES)   reçoit la mission d'engager une évaluation régulière de la qualité, de planifier les procédures d'évaluation,  d'organiser le suivi des évaluations et d'en rendre compte auprès des institutions, au niveau communautaire, et européen.
Son rôle auprès des institutions (écoles supérieures, universités) est " d'améliorer progressivement les pratiques d'enseignement en mettant en évidence les bonnes pratiques, les insuffisances et les problèmes à résoudre (tout en préservant la confidentialité des données spécifiques aux institutions d'enseignement) et en suscitant des propositions à adresser aux responsables politiques en vue d'améliorer la qualité globale de l'enseignement supérieur en Communauté française"[5].

Au-delà des standards, une culture

Dans son sens le plus normatif, la qualité est entendue comme ce qui se mesure par des "standards".  Des critères explicites en terme de normes, des processus,...a satisfaire pour rencontrer le label qualité. Ainsi en autre, définir un niveau de connaissance, de concepts, de compétences de que les étudiants doivent acquérir selon leur niveau d'étude.  Un autre terme  anglo-saxon récurent dans la réflexion sur la qualité est celui d'"accountability".  Dans son sens le plus étroit, il est très lié à l'idée de rendre des comptes,  au sens le plus large: il s'agit d'un faire face de manière responsable à ses engagements.  Il est attendu à la fois des agences nationale de qualité ou des institutions d’enseignement de « faire la preuve » de leur bonne pratique.

A la fois certes il est question de conformité, de standards, d'assurance de qualité.  Mais s’il est nécessaire de dégager un certain nombre de référents commun,  des indices de comparaison. Ils doivent être l’occasion, et non la forme à satisfaire, pour contribuer au développement de la qualité. L’on s'engage dans une autoévaluation à la fois comparative,  mais avec pour visée d’instaurer une démarche qualitative,  qui à la fois peut s'inscrire dans la durée et engager une véritable culture de la qualité.  L’évaluation de la qualité prend alors véritablement toute sa pertinence et son efficacité.   Il s’agit de repenser et de (ré) activer la qualité en allant profondément dans l’analyse, en reconnaissant l’autonomie des institutions, et en ayant une approche dynamique.

En engageant la réflexion dans ce sens, c’est tout une autre lignée de concept méthodologique  qui suit (system thinking,  quality culture, learning organisation,…).  Elle s’articule dès lors nécessairement autour de deux « moments » : participation et réflexivité.  En effet, la démarche requiert un engagement, une participation à la fois des autorités, et aussi des différents acteurs  individuellement et en tant qu'organisation. Il incombe de réfléchir  les méthodologies, les procédés, les spécificités, et d’engager une action de qualité.  Il est bien question d’une dynamique, d’une effectivité de cette réflexivité et de cette participation. C'est l'occasion d'un apprentissage et d'une transformation de pratiques, de manière d'appréhender les questions, les problèmes et de les résoudre. La démarche engage un processus d’apprentissage de l’institution  par l’institution elle-même en vue de l’enraciner pour le long terme.

L'évaluation régie par le décret [6]  "évaluer pour évoluer [7]" 

La procédure d'évaluation s'organise filière par filière (kiné, architectes,...) .
Dans un premier temps une évaluation interne ou autoévaluation doit être réalisée au niveau des institutions d’enseignement. Elle doit être critique (présenter l'approche de la gestion de la qualité au sein de l'entité évaluée et de l'établissement concerné),  complète (engager tous les acteurs concernés par l'institution et plus particulièrement les enseignants, les étudiants et le personnel), large (des indicateurs[8] ont été définis par arrêté et concernent : l’institutions et sa gouvernance,  le cursus et finalité, les acteurs, la communication interne et externe,…) et au final doit permettre de dégager les forces, des faiblesses, des opportunités et des risques (SWOT), identifier ce qui peut faire l'objet d'une amélioration.
L'objectif est à la fois d'offrir une latitude dans la démarche envisagée afin de rencontrer les spécificités de l'institution. Son but est de donner les moyens, un cadre, et des référents afin d'améliorer les objectifs, le fonctionnement interne, la communication interne et la visibilité externe.

Ensuite une évaluation externe est prévue. Un comité d'experts réalise une analyse du rapport interne, visite l'établissement, transmet ses remarques aux autorités académiques de l'institution et remet un rapport final à l'AEQES. Celle-ci publiera ce rapport sur son site Internet sans toutefois divulguer des informations confidentielles et sans stigmatiser les pratiques. Au final les autorités académiques doivent définir un plan de suivi des recommandations qui leur sont faites, avec un calendrier d'action.
Par la suite l'AEQES réalise aussi un rapport transversal de la filière.

L'évaluation interne: le coordinateur qualité et le comité d'évaluation 

Le rôle du coordinateur est également régi par le décret. Il a la tâche d’engager la démarche d'évaluation de la qualité jusqu'à la finalisation du rapport interne. L'autoévaluation doit être lisible, concrète et complète. Pour cela, il suivra les prescriptions des indicateurs. La démarche consiste en une collecte d'informations, leur traitement, et leur présentation. Il faut superviser l'implémentation de la démarche, communiquer et développer une coopération entre les organes, et  entre les personnes.

Il est également prévu dans le décret que le coordinateur s'entoure d'une commission. Elle comprend des membres du personnel académique, administratif, technique et des étudiants. Elle peut aussi être élargie: anciens étudiants, autres membres de l'institution.
Le coordinateur et le comité choisiront des portes d'entrée selon les spécificités de l'école. Vu l'ampleur de la tache, cela nécessite peut être de se faire soutenir par d’autres groupes de travail. Il est certainement impératif de définir une structure, une méthodologie et un calendrier.
La constitution du rapport interne sera nécessairement le fruit d'un travail d'équipe -au sens le plus précis du terme.

Le coordinateur doit être le facilitateur et le garant de mener à bien la procédure. Il doit aussi avoir le recul nécessaire par rapport aux fonctionnements de l'institution, une certaine neutralité dans la recherche des informations et objectivité dans le traitement. Mais il doit aussi avoir les outils nécessaires, tant en terme de concept, de technique d'analyse, capacité de travailler en équipe, un esprit de synthèse et un sens du management de projet afin de mener à bien le rapport final.

L’autoévaluation n’est pas un contrôle de la qualité. Si même l’on satisfaisait l’enquête sur touts les indicateurs, l’on passerait malgré tout à coté de la démarche.  Il est question d’un travail en équipe qui doit idéalement engager tous les acteurs dans le mouvement de réflexion et d’action. L’amélioration de la communication interne et externe est essentielle.  Il faut nourrir un climat d’ouverture et de confiance afin de réaliser le travail dans un esprit de coopération.  C’est un processus qui vise à « changer l’organisation », à l’améliorer eu égard à son contexte et en regard de ses spécificités.

De l’engagement de la démarche  

En cours

Afin de dégager des synergies, afin de gagner en lisibilité interne et externe,  afin de stimuler l’esprit d’appartenance à  l’école, l’ARBA EsA a engagé une réflexion pédagogique. Les deux  axes de cette démarche sont l’engagement de nouvelles synergies et la réflexion sur la transdisciplinarité.  Ainsi les 14 ateliers existant pourraient être regroupés en champ (design-art-média). Pensé à partir d’une dominante production/création, des pôles  permettraient  l’apprentissage de socles commun et agiraient entre les champs (Image imprimée, Technologies de la création de la communication et de l’information, histoire théorie critique, dessin-dessein).  Cette restructuration doit être pensée avec comme principe de fond la valorisation du parcours d’étudiant.

Analyser, réfléchir et engager

La démarche qualité est une occasion unique de pouvoir engager une réflexion approfondie. Si  elle parvient à engager les acteurs dans un climat de confiance, et si elle fait un constat juste, adapté et bien communiqué, elle peut être l’occasion d’un changement positif dans les pratiques. Elle pourra nourrir et stimuler la créativité.
Elle devra prendre en compte les traditions, les spécificités et les innovations  et améliorations nécessaires. Si la démarche s’enracine suffisamment dans les pratiques en développant des valeurs et des normes, cela sera peut être l’amorce d’une manière différente d’envisager et de faire les choses : une culture qualité.  Cette culture est celle de la responsabilité des acteurs face à la de formation artistique, théorique et pratique que l’Académie doit propose. 


[3] “Standards and Guidelines for Quality Assurance in the European Higher Education Area”;  http://www.eua.be/fileadmin/user_upload/files/Quality_Assurance/ESG.pdf
[6] D. 22-02-2008 M.B. 23-04-2008Décret portant diverses mesures relatives à l'organisation et au fonctionnement de l'Agence pour l'évaluation de la qualité de l'enseignement supérieur organisé ou subventionné par la Communauté française  

[7] http://www.aeqes.be
[8] A 11.04.08 Annexe à l'arrêté du Gouvernement de la Communauté française du 11 avril 2008 établissant la liste de référence des indicateurs

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